Le train s’apprête à partir, tu t’engouffres dans le wagon, rangée du bas. Le métal t’engloutis, glacial et oppressant. Tu t’assis, et me regarde par la vitre rayée par quelques négligents. Tes yeux bruns dans les miens, tu esquisses un sourire évocateur, un baiser ou rien voilà tout. Ta main s’élance, fend l’air chaud et se pose délicatement. Je m’approche et rejoint les lignes de ta main. Je crois sentir ta chaleur mais non. Il fait froid, mon souffle chaud te cache et estompe tes traits qui s’effacent dans mon esprit. Restera-t-il de ces souvenirs un doux moment de réveil à deux ou de rires bruyants ? Les crissements du train m’effraient, le gros bonhomme à la casquette agite son bras. Pour rien au monde, je lâcherai cette vitre. Si je cède, je ne te verrai plus. Un sifflement coupe l’air, m’arrache le souffle, m’explose le cœur. Le tout s’emballe. Mes pensées se fanent et s’envolent, emportées par la tempête. J’oublie tout. Mes doigts qui contournent le coin de ta bouche, mes dents qui croquent ton oreille, mon nez qui emporte une dernière fois l’identité de ton corps. Quelques miettes se collent, luttent désespérément, la peur, l’amour, rien n’y fait, tout s’en va. Il s’élance pour quitter la rame, je ne partirai pas. Si je te quitte, je meurs. Si tu me quittes, je meurs. Je suis un condamné, un survivant voilà tout. Hagard, je résiste, je suis un résistant voilà tout. Ma main reste collée et je cours. Tu restes aussi, tu es saisis. Rien n’est assez fort pour nous séparer, à part le temps qui use. Il écorne les coins, s’introduit dans les failles et disloque les blocs. Rien n’y fait, je suis obligé de hurler, je cours comme jamais, tu pars au loin me laissant, je ne te reverrai jamais.
Sur une idée de D’

Pas très pratique de lire avec les gens qui parlent derrière hein!
Sinon au début ça marche bien la musique tristoune…un peu badant au final! :p